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Monde

31 octobre 2008

MALDIVES • Retour de la démocratie après trente ans d’absence

Maumoon Abdul Gayoom, au pouvoir depuis trois décennies, va devoir céder sa place à Mohamed Anni Nasheed, qui vient de remporter l’élection présidentielle. Un vent d’espoir souffle enfin sur Malé.

Mercredi 29 octobre, tôt le matin, alors qu’il ne restait que seize urnes à dépouiller pour connaître le résultat de l’élection présidentielle, la tension qui régnait sur la plage de Raalhugandu, palpable, a fait place à la joie. Un drapeau proclamant "Trop, c’est trop" a été hissé sur ce spot de surf de la capitale, Malé. Une banderole improvisée qui entendait marquer le début d’une nouvelle ère pour "les autres Maldives" - slogan de campagne de Mohamed Anni Nasheed, dont la victoire a mis fin à trente années de pouvoir autoritaire. Des milliers de personnes de tous âges, de tous milieux et de toutes tendances politiques ont commencé à se rassembler sur les lieux, s’étreignant les uns les autres, riant, hurlant et pleurant de joie pour saluer l’avènement de la démocratie dans cette petite République de l’océan Indien. De toutes parts, les gens chantaient : "Sacrifions-nous tous avec joie pour le service de la nation !" "Je n’ai jamais rien vu de tel... Pour la première fois de ma vie, je vois des sourires sincères sur les visages lors d’un événement national", a expliqué l’un des participants.

Pendant le dépouillement, les rues habituellement bondées de la capitale ont été littéralement désertées. La population est restée chez elle pour suivre heure après heure le décompte des voix. A l’aube, le nom du gagnant n’a plus fait de doute et Mohamed Anni Nasheed a été porté en triomphe jusqu’au lieu où plusieurs de ses partisans l’attendaient pour une prière de célébration. Peu après a résonné sur la plage de Raalhugandu le chant de campagne du candidat victorieux, pendant que l’hymne national crépitait dans les haut-parleurs. Il y a une semaine, les jeunes du mouvement "Unité pour le changement" s’étaient réunis là pour une série de concerts. Mercredi matin, on pouvait lire sur les visages des expressions d’étonnement et de joie. "C’est le jour parfait", estime Hamza Khaleel, 23 ans, qui votait pour la première fois.

Au milieu de la foule, Mariyam Manike avait les larmes aux yeux. La mort brutale de son fils, Evan Naseem, dans une prison de Maafushi en 2003 avait soulevé une vague de protestations et donné naissance à un grand mouvement populaire, appelant à la fin des violations des droits de l’homme dans le pays. "C’est le plus beau jour de ma vie. Je suis tellement heureuse de voir tout ce monde. Mais je ne pleure pas de bonheur. Je me souviens de mon fils et j’aurais voulu qu’il soit là. Je pleure parce que je pense à la sauvagerie du pouvoir... Si mon fils avait été en vie, il aurait été là avec nous", explique-t-elle. Toutes les personnes rencontrées disent la même chose : "Je n’ai jamais été aussi heureux." En rentrant chez moi, j’ai croisé des dizaines de militants du Parti démocratique des Maldives (MDP) habillés en jaune et des jeunes hommes arborant des tee-shirts "Unité pour le changement". Ils chantaient à pleins poumons "Au service de la nation" grimpés sur leurs mobylettes. L’air était empli d’un sentiment de libération et de soulagement. Passant à ma hauteur, un garçon en scooter m’a lancé : "Les gens en ont assez. La façon la plus belle de le faire savoir est de voter. Nous avons exprimé notre ras-le-bol par les urnes."
Shauna Aminath

Source : Courrier International



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