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Gens & Sociétés

22 avril 2007

René Char, L’énergie disloquante

René Char a toujours aimé vivre en marge de la société. Enfant, il se lie d’amitiés avec les "matinaux" sortes de vagabonds vivant au rythme des jours et des saisons. Le 20 février 1928 paraissent ses premiers poèmes aux Editions Le Rouge et Le Noir (il aimait d’ailleurs beaucoup ce roman de Stendhal) sous le titre "Les cloches sur le coeur", poèmes écrits entre 15 et 20 ans.

René Char est né le 14 juin 1907 à L’Isle-sur-la-Sorgue dans le Vaucluse.


En 1929 René Char adhère au mouvement surréaliste. René Char a 22 ans, la plupart des autres poètes : Aragon, Eluard, Breton sont âgés d’environ trente ans."J’étais un révolté et je cherchais des frères : j’étais seul à l’Isle, sauf l’amitié de Francis Curel qui avait l’imagination nocturne." Sa profession de foi du sujet débute ainsi : ... "Je touche enfin à cette liberté entrevue, combien impérieusement, sur le déclin d’une adolescence en haillons et fort peu méritoire...". Mais ce n’est qu’un passage pendant lequel il signera quelques tracts et un recueil en commun avec Eluard et Breton en 1930, "Ralentir travaux".


En 1934, il reprend son indépendance. Son oeuvre devient celle d’un solitaire ne souffrant aucune compromission. Elle témoigne de son insoumission devant les agressions du monde. Char est un homme d’action, le devenir du monde l’importe au plus haut. En 1937, il dédie son Placard pour un chemin des écoliers aux "enfants d’Espagne". Démobilisé en 1940, il entre presque aussitôt dans la Résistance sous le nom de guerre d’Alexandre. Il écrit son journal, chronique de la résistance, qui sera publié sous le nom les Feuillets d’Hypnos (1946). En 1948, le danger de pollution de la nature lui inspire une pièce, le Soleil des eaux. En 1965, il mène campagne contre l’implantation de fusées nucléaires sur le plateau d’Albion.


La poésie de Char puise sans cesse dans le réel et dans la terre. Il est enraciné dans son pays natal et s’inspire abondamment de la Provence, de ses pierres, sa flore et sa faune. Mais ce côté bucolique n’est que l’apparence d’une recherche toujours plus rigoureuse de son état d’homme "Cet élan absurde du corps et de l’âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c’est bien là la vie d’un homme ! On ne peut pas, au sortir de l’enfance, indéfiniment étrangler son prochain".


René Char meurt d’une crise cardiaque le 19 février 1988. En mai de la même année, paraîtra un recueil posthume "L’éloge d’une soupçonnée ".


Le Marteau sans maître, 1934

Commune présence

Tu es pressé d’écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S’il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir,
Celle qui t’est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d’elle, tout n’est qu’agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t’inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.


Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.


René Char


Références :

Chris.LLORCA@.wanadoo.fr www.pierdelune.com




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