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Économie

31 août 2006

L’immigration, clé du succès économique

De la régularisation des sans-papiers à l’ouverture du marché du travail aux ressortissants communautaires, les presses espagnoles et britanniques jaugent les bénéfices économiques de l’immigration pour l’Europe, loin des préjugés dominants. Ni subie ni choisie, l’immigration est chérie.

L’Union européenne poursuit son élargissement. Après les huit pays de l’Est entrés en mai 2004, plus Malte et Chypre, ce devrait être au tour de la Bulgarie et de la Roumanie de rejoindre le club communautaire, en janvier prochain. Même si ces entrées suscitent encore des débats, entre autres autour de "l’invasion" supposée des marchés de l’emploi des pays membres riches par des travailleurs en provenance de pays membres plus pauvres. A ceux qui sont convaincus qu’il faut désormais fermer l’Union européenne à l’élargissement mais surtout aux pays et aux personnes qui n’en sont pas membres et ressortissants, d’autres leur opposent un solide désaveu en leur citant les cas de l’Espagne et du Royaume-Uni.

L’ensemble de la presse espagnole traite des effets bénéfiques de l’immigration pour le pays. "L’économie espagnole croît seulement grâce aux immigrés", écrit en gros titre de couverture le grand quotidien catalan La Vanguardia. En pages intérieures, El Mundo, journal de droite, titre que "l’apport des immigrés sauve l’économie espagnole de la récession depuis 1995", alors que le grand quotidien national El País, de centre gauche, précise que "le revenu par habitant aurait chuté de 0,6 % par an durant la dernière décennie sans les étrangers". Ce constat unanime s’appuie sur les données du "Rapport semestriel sur l’économie espagnole et le contexte international" que vient de publier la banque Caixa de Barcelone.

De 1995 à 2005, l’Espagne a été le principal pays d’accueil des étrangers en Europe, avec 3,3 millions de personnes sur les 11,95 millions entrés dans l’UE au cours de cette période. "Les conséquences de cette impulsion démographique sur l’évolution du produit intérieur brut (PIB) ou sur la richesse produite sont d’envergure", note El País. L’immigration en Espagne a permis au PIB annuel par habitant de rester positif pendant la décennie en étant à l’origine d’une croissance de 3,2 %. En stimulant l’emploi et en contribuant à la hausse de la consommation des ménages, les immigrés ont eu un impact bénéfique et "l’économie espagnole peut leur dire merci", constate La Vanguardia, car, "sans eux, elle aurait été globalement en mauvaise santé".

El Mundo va dans le même sens. Le journal espagnol de droite reconnaît que "l’arrivée d’immigrés a non seulement sauvé les comptes de la sécurité sociale grâce à aux régularisations de ces dernières années, mais elle représente aussi l’un des déclencheurs du miracle économique espagnol". Et le phénomène n’est pas qu’espagnol. "L’apport économique des immigrés à l’UE (avant l’élargissement) a été de 2 % en termes de croissance annuelle du PIB par habitant", note La Vanguardia. Sans cela, le PIB par habitant aurait été négatif, à - 0,2 %, dans l’Europe des Quinze.

Au Royaume-Uni, le débat porte surtout sur l’ouverture du marché du travail aux ressortissants des nouveaux entrants dans l’UE. The Observer veut sortir de la polémique alimentée par les tabloïds anglais sur l’afflux massif de travailleurs migrants. "Les plombiers polonais imaginaires qui ont terrorisé les travailleurs britanniques avant l’entrée des huit pays d’Europe de l’Est, en 2004, ont cédé la place à une réalité complexe et dynamique. Selon le ministère de l’Intérieur, le secteur d’emploi le plus fréquent des nouveaux arrivants n’est ni la plomberie ni la maçonnerie, mais ’l’administration, le commerce et le management’."

A cet égard, "des dirigeants du monde des affaires au Royaume-Uni, employant des millions de personnes, ont appelé le gouvernement à autoriser l’accès illimité à l’immigration en provenance de Bulgarie et de Roumanie quand ces deux pays rejoindront l’UE, l’an prochain", note The Independent. Roland Rudd, président de BNE, un lobby pro-européen, explique dans le quotidien "pourquoi le monde des affaires devrait soutenir l’immigration". "Une étude affirme qu’un accroissement de 1 % de la population entraîne une croissance de 1,5 % du PIB. Or ce sont les immigrants qui assurent aujourd’hui la croissance de la population". Par ailleurs, "d’une manière générale, ces travailleurs de l’Est sont jeunes, motivés et actifs - 80 % d’entre eux sont âgés de 18 à 34 ans. Et, à l’opposé des caricatures odieuses, peu d’entre eux réclament des allocations."

Pour Alice Thompson, éditorialiste au Daily Telegraph, "les immigrés rendent les Britanniques paresseux", du fait que les premiers occuperaient les postes que les seconds refusent. A partir de ce constat, l’auteur plaide pour une réforme du système d’aide sociale qui entretient dans leur oisiveté les Britanniques, "qui préfèrent rester assis devant leur téléviseur" plutôt que d’occuper des postes peu reluisants à leurs yeux.

The Observer met aussi en exergue le problème de la rivalité entre migrants et nationaux sur le marché du travail. Cependant, l’hebdomadaire de gauche en tire d’autres conclusions. "En prenant l’économie britannique dans son ensemble, avec une croissance élevée, un taux de chômage faible et de faibles taux d’intérêt, l’arrivée des Polonais, Tchèques et des autres apparaît sans équivoque comme un bonus, en comblant les déficits de compétences, en boostant la productivité et en créant de nouveaux contribuables. Pour le quasi-million de travailleurs qui demeurent sans emploi alors que les Européens de l’Est sont recrutés, le tableau est bien différent. Fermer les portes aux Bulgares et aux Roumains n’y changera rien. Il faudrait plutôt améliorer la formation et l’éducation."

Philippe Randrianarimanana



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