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Gens & Sociétés

26 juillet 2006

Daara J, fleuron du hip hop sénégalais

Les rappeurs de Daara J viennent à peine de débarquer à Philadelphie que ça sonne. Appel annoncé de Montréal... Ndongo D est au bout du (sans) fil, il se réveille à peine d’une nuit à rouler entre le Minnesota et la Pennsylvanie.

Avec ses collègues MC, c’est-à-dire « Lord » Aladji Man et Faada Freddy, il montera sur un plateau hip hop pour ensuite reprendre la route. La prochaine destination ? Les Nuits d’Afrique, qui ont recruté le trio sénégalais avec l’intention claire d’y attirer un public plus jeune - on sait que le festival montréalais s’adresse généralement au public des musiques du monde, forcément plus âgé que celui du rap.

Depuis leur dernière escale aux FrancoFolies de Montréal (l’été dernier), les trois rappeurs de Daara J ont passé un bon moment en Afrique. Ils comptent même y retourner bientôt pour y travailler sur la préparation d’un nouvel album - Boomerang, le précédent, a été lancé en 2003. Le prochain disque de Daara J ne sera donc enregistré ni en Europe ni en Amérique. À Dakar, s’il vous plaît.

« Nous y avons monté notre propre studio afin de ne plus dépendre des studios occidentaux - où nous avons dépensé trop d’argent et de temps. Youssou N’Dour et Baaba Maal ont donné l’exemple, les rappeurs de ma génération ont beaucoup appris d’eux. Nous avons effectivement compris comment rentabiliser une opération et comment réinjecter dans notre propre organisation les profits de nos ventes de disques et de nos activités de tournée. »

Ndongo D, en ce sens, parle d’une nette évolution du hip hop sénégalais.

« Le genre n’est plus confiné à Dakar. D’autres villes importantes du Sénégal comportent aussi une vraie scène hip hop, Kaolack par exemple. Après le succès de Positive Black Soul dans les années 90, nous avons été le deuxième groupe sénégalais à obtenir une vraie reconnaissance. Et, en restant chez nous, nous suscitons l’espoir chez les jeunes artistes. Car ce n’est vraiment pas évident d’y faire du rap, bien que... Depuis cinq ou six ans, les institutions culturelles et les médias ont fini par se rendre compte qu’il y avait un travail sérieux dans le hip hop sénégalais. On peut maintenant compter sur des émissions de rap à la télévision nationale, la FM commerciale diffuse beaucoup plus de rap local. Il y a encore des lacunes, mais je peux parler d’une nette évolution. Alors qu’avant, c’était beaucoup plus dur. Les propriétaires des boîtes de nuit nous envoyaient paître lorsqu’on leur proposait nos services. »

Au-delà de son économie ou de son organisation, le rap ouest-africain se démarque aussi dans sa rhétorique.

« Nous abordons les problèmes concrets de l’Afrique, comme la corruption et la mentalité du chacun pour soi (dans la chanson Bopp sa Bopp) ou encore le désespoir des Africains qui essaient d’immigrer illégalement sur des embarcations de fortune (Exodus). Le rap africain, en ce sens, ne véhicule pas les valeurs des vedettes du rap afro-américain » , soutient Ndongo D.

Le gangstérisme, le culte des armes à feu et le machisme à la limite du proxénétisme, très peu pour Daara J.

« Cette image de banditisme fait un grand tort au rap. C’est pourquoi nous, les Africains, rappelons aux Noirs Américains que notre continent les a inspirés jadis. Des valeurs plus nobles, plus spirituelles, étaient à la base du blues et du jazz lorsque ces genres ont vu le jour en Amérique il y a plus d’un siècle. Le problème, c’est que beaucoup de rappeurs américains ne connaissent pas leur histoire ; ils sont malheureusement aliénés en exprimant autant de violence gratuite et de superficialité. Leur fortune n’y fait rien. Si le hip hop s’enracine désormais en Afrique, ce n’est pas sur la base de ces valeurs. »

Chose certaine, les rappers de Daara J n’ont pas les mêmes ambitions financières que 50 Cent - dont la maxime préférée a quand même fait son chemin : get rich or die tryin’.

« Au plan matériel, dit Ndongo D, nous n’avons pas de quoi nous plaindre. Nous ne manquons de rien, nous avons accédé à la classe moyenne... Ce qui ne nous empêche pas de continuer à nous battre pour les jeunes qui montent et qui font de très belles choses - comme Tru Wayz et Makkan J. On les accompagne en studio, on les aide à gérer leur carrière. On veut les aider étroitement, quoi. »

On comprendra pourquoi Daara J signifie l’école de la vie.

Auteur cyberpresse.ca



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